JEUDI POÉSIE du 11 juillet 2019 - "Le déserteur des quais" par Anaïs Sierro

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Aujourd'hui, "Le déserteur des quais " par Anaïs Sierro 

Mais quel est donc cet amour dont la voie m’échappe ?
Quel est donc le sens de sa douloureuse absence ?
Celui qui fuit les jours de l’idyllique étape,
Et qui déserte une destinée du coeur de la France,

Au parcours des belles de Paris, tu n’apparais,
Ni sur les longs flancs du fleuve aux planches nervées de bois,
Côtoyant les peintres sous l’organe sacré, tu n’es,
Ni même au sein de ce culte que la passion noie,

Je cours et parcours le berceau de ta vie,
Celui qu’on agite jusqu’à l’infâme nausée,
Je cherche et recherche le frisson que produit,
Le contact des chaires sur les lèvres d’un baiser,

Regarde la main de tâches et gouffres cernée,
Avancer doucement dans un effort sénile,
Pour offrir l’affection entre deux coques dorées,
Reflétant aux pupilles ton visage des plus viles,

Observe ces crins qui le tableau caressent,
En un geste affirmé, fruit d’années d’expérience,
Peindre les contours d’une flotte en détresse,
Aqueux canon d’une jeunesse, tombe de leur présence,

Prends part aux heures sombres sur le sol pavé,
Qui imposent l’ambiance à la cire d’une chandelle,
Masquant l'enchaînement de deux classes opposées,
Au regard du butin, juvénile demoiselle,

Ferme les yeux à présent et écoute mon récit,
Egocentrique exhibition, puisque de ma plume,
J’ai espoir d’émouvoir en ton antre l’envie,
De virer à tes quais ; sous les rayons, la brume,

Maintes fois, j’ai touché de mon coeur ton pelage,
A la croisée des iris aux nuances bicolores,
Me libérant une place aux côtés de leur sage,
Pour fuir à ton image la pensée qui s’endort,

Lâche bête sans remords, comment oses-tu apparaître ?
Alors que tu hisses, déjà, de tes pattes la voile,
De ton départ caché par ce qui pourrait être,
Un voyage ou le naufrage déguisé de la toile,

Fais ton choix, désormais, à l’écho de mes vers,
Retire-toi, s’il te plaît, sur les eaux de la mer,
Ou reviens-moi, par décret, matant l’égo qui te perd,
Or décide-toi, à jamais, pour panser ces maux trop amers.

Créé le 11.07.2019 par Elodie
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