JEUDI POÉSIE du 5 septembre 2019 - "La tragédie des songes" par Anaïs Sierro

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Aujourd'hui, "La tragédie des songes" par Anaïs Sierro 

Lorsque le corps, paisiblement, se repose,

Au sein d’une nuit qui de son ombre le couvre,

Le coeur joue son éternelle sonate en prose,

Alors que la conscience enfin la paix découvre,


Plus rien n’importe au rêveur en action,

Plus rien ne comporte les démons diurnes,

Il devient lecteur d’un scénario, d’une fiction,

Abandonnant l’ampleur des réflexions, de Saturne,


Rien n’est plus doux dans l’inconscience sombre,

A contrario de l’éveil aux nuances noires,

Puisque celle qui, vive, l’épine cambre,

Relâche sa force dans un abandon plein d’espoir,


L’air est lourd dans ses subtiles pas de danse,

L’air sourd face à la grandeur encore promise,

Il semble confiant, ayant foi, dans son absence,

La naïveté même en une fragilité émise,


C’est alors que la main si durement le réveille,

Celle qui de son geste égorge les songes,

Et qui reflète le théâtre de la veille,

Celle qui des loges de la tragédie ronge,


Au toucher, griffe le froid de l’horreur,

Incisant la membrane de ses canines de glace,

À l’ouïe, sifflent les gémissements de la peur,

Maltraitant la membrane de sa sanguine masse,


C’est à peine si dans l’obscurité défaillante,

La vue s’affine sous l’effet d’intenses douleurs,

Au point de goûter à l’odeur assourdissante,

De l’unique sens valable qui, d’un coup, se meurt,


Quand soudain la lune croissante cède sa place,

Spectatrice choquée du spectacle qui se donne,

Au lourd rideau de flammes qui menace,

De dévoiler les coulisses qui déraisonnent,


Ô foudroyant faisceau qui brise l’iris,

Pourquoi ne pas flamber l’atrocité qui demeure,

Plutôt que de la parer de tes lys,

À la blancheur maculée par ces imposteurs ?

Créé le 05.09.2019 par Elodie
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