L’autoportrait : quand l’artiste vous plonge dans son intimité

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Entrez dans l’intimité de Vincent Van Gogh, Pablo Picasso, Frida Kahlo et Gustave Courbet grâce à 4 autoportraits révélateurs.

L’autoportrait, pernicieuse démarche d’introspection, brise les tabous et met à nu l’artiste. Les états d’âme de celui-ci, trop souvent refoulés, s’imposent au sein de ce genre d’oeuvres aux allures de confessions. Tristesse, désespoir, deuil et folie y sont traités avec une sincérité déroutante. 

Aujourd’hui, Tempslibre vous propose de faire un plongeon dans l’intimité de quatre artistes et de découvrir les secrets que révèlent leurs autoportraits. 


1) Vincent Van Gogh : « Autoportrait à l’oreille bandée »


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Grand adepte de l’autoportrait, l’artiste néerlandais s’est représenté une quarantaine de fois dans ses peintures. Il a été le plus prolifique entre 1886 et 1889. 

En décembre 1888, une violente dispute éclate entre Van Gogh et son ami Paul Gauguin. Ce dernier finit par quitter la ville. Dévasté par cet échange, Vincent Van Gogh laisse le délire s’insinuer en lui. D’un geste fou et spontané, il se coupe l’oreille avant de rejoindre une maison close et de l’offrir à une prostituée. 

Après un réveillon passé à l’hôpital, Van Gogh dépose enfin sur la toile son mal-être et son amertume. Expiateur, cet « Autoportrait à l’oreille bandée » révèle la solitude de l’artiste après son épisode de démence. Son regard empli d’une mélancolie sourde exprime malgré tout  un retour au calme après sa mutilation. 

Van Gogh réalise cette oeuvre devant un miroir, dans son atelier. Pourtant, un froid glacial semble en émaner. Cela est dû à la manière dont l’artiste s’est représenté : le visage fermé, emmitouflé dans un manteau trop grand, une casquette vissée sur le crâne, prêt à affronter la froideur des nuits solitaires. 



Pablo Picasso : « Autoportrait face à la mort »

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Réalisée en 1974, cette oeuvre est l’ultime autoportrait du peintre espagnol. 9 mois plus tard, Pablo Picasso fera la rencontre d’une vieille amie, la mort. 

Les dernières années de la vie de l’artiste sont rythmées par une solitude profonde. Ses amis proches - Matisse, Braque et Cocteau - ont déjà été emportés par la faucheuse. À 91 ans, Picasso se retrouve alors seul face à cette mort qui lui est familière mais pas moins effrayante. 

C’est dans ce contexte que le peintre réalise le dernier de sa longue série d’autoportraits. « Autoportrait face à la mort » représente un Picasso aux épaules frêles, trop faibles pour supporter le poids de sa propre tête. Son visage est creusé par la fatigue et l’âge, tandis que ses yeux hypnotiques transpirent de tristesse et de détresse. Dans ce tableau, le grand Picasso, incarné par ce visage famélique, dévoile sa vulnérabilité. Il fait face, et fixe droit dans les yeux sa fin proche. 


Frida Kahlo : « La colonne brisée »


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Comment évoquer l’art de l’autoportrait sans mentionner la brillante Frida Kahlo ? Impossible ! Parmi ses nombreuses oeuvres nous avons décidé de vous présenter la troublante et pourtant tellement parlante « Colonne brisée ». 

Trompée par son mari et trahie par sa soeur, en 1944 Frida voit également sa santé fragile se dégrader. Obligée de porter à nouveau un corset, l’artiste décide de coucher sur la toile sa souffrance et son mal-être. « La Colonne brisée » dévoile avec une violence amer les blessures du corps et de l’âme de l’artiste brisée. 

Dans cet autoportrait, on voit une Frida au visage ferme et digne tandis que son corps est criblé de clous. Les blessures infligées par ces derniers symbolisent les traces laissées par les - trop - nombreuses infidélités de son mari Diego Rivera. Une colonne brisée soutient le menton de cette Frida impassible, tandis que des larmes discrètes s’accumulent sur ses joues.

Derrière elle s’étend un paysage désertique aux nombreuses crevasses. Symbole de l’infertilité de l’artiste, ce paysage fait aussi référence à la solitude que celle-ci traverse alors que son mari la trompe avec sa propre soeur. 


Gustave Courbet : « Le Désespéré » 

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Arrivé à Paris au début des années 1840, Gustave Courbet a seulement 20 ans et son style est encore incertain. Influencé par les autoportraits du grand Rembrandt, il étudiera avec une minutie prodigieuse les traits de son propre visage.

Entre 1843 et 1845 Courbet réalise « Le Désespéré », le plus singulier et mystérieux de ses autoportraits. Ses yeux écarquillés hypnotisent et déroutent. Ses mains, affreusement crispées, semblent arracher sa tignasse sombre qui elle-même contraste avec la couleur laiteuse de sa peau. Tout est méticuleusement étudié pour laisser au spectateur le soin de s’imprégner de ce désespoir manifeste.

« Avec ce masque riant que vous me connaissez, je cache à l’intérieur le chagrin, l’amertume, et une tristesse qui s’attache au cœur comme un vampire » G. Courbet

Pourtant, si ce désespoir est palpable nous ne sommes pas certains qu’il soit sincère. Simple exercice théorique ou véritable introspection ? Ni l’artiste, ni ses contemporains s’expriment à ce sujet. Connu pour sa jovialité, Courbet a très peu laissé entrevoir un côté sombre ou torturé. Il s’est toutefois confié à son ami Alfred Bruyas sur ce masque qu’il arbore pour dissimuler son chagrin et son amertume. Il est donc très probable que l’artiste ait connu des phases où le tourment et la détresse lui tenaient compagnie et que ces derniers soient à l’origine du « Désespéré ». Le mystère reste intact. 

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Auteure : LSA

Créé le 27.10.2020 par Lauriane
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