La paella, c'est meilleur quand c'est froid

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Une paella qui brûle, un caoutchouc qui n'a pas soif, un canapé possessif, une table dressée à trois pas de là. Le décor est planté, tout comme les rôles des personnages.

La Femme et l'Homme sont seuls dans leur tête, dans leur petit coin du nord de la France. Elle ne s'intéresse qu'au son de sa voix, Lui de tauromachie. Puis, un soir, cette routine immuable mue. Ils se surprennent à rêver, mais si Lui est enthousiaste, Elle ne peut tolérer cette brusque cassure de routine. 

Au fur-et-à-mesure que les caractères se dévoilent, les personnages se déshabillent, le bouillon de culture s'épaissit: une fin en queue de poisson se prépare. Mais non. Ce qui a été détruit sera immédiatement reconstruit, et un petit quelque chose sera irrémédiablement différent. C'est au spectateur d'imaginer la suite.

Le couple Mali Van Valenberg et Olivier Werner est aussi déconcertant qu'au poil pour incarner le texte de Suzanne Joubert. Les complices s'illuminent l'un-l'autre par des gestes passionnés, presque improvisés, et par une prose admirablement précise et maîtrisée.

Entre vaudeville et absurde, la pièce est vraiment drôle. Et émouvante, aussi. Car on s'y reconnaît volontiers, dans ce couple où la routine est amenée à son paroxysme. Et la morale de l'Histoire est honnête: elle revalorise le confort d'un canapé possessif en haut d'une tour dont l'ascenseur est continuellement en panne.

A déguster froid au Pulloff, Lausanne jusqu'au 22 décembre 2016.

Créé le 12.12.2016 par Nathalie
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