Répression ou correction ?

Le 19.10.2022

Discipline ecclésiastique et justice consistoriale réformée sous l’Ancien Régime. Conférence de Christian Grosse, professeur ordinaire en histoire et anthropologie des christianismes modernes, Université de Lausanne

On posera la question de la nature de la régulation sociale mise en œuvre par les consistoires réformés de Suisse romande sous l’Ancien Régime, en se demandant si elle est d’ordre répressif ou pastoral. Il s’agit donc de les situer dans le paysage des instances de régulation, entre organes de justice et médiation sociale. La réponse vient en partie d’un examen de la composition des consistoires qui ont la particularité de faire intervenir à la fois des magistrats et des pasteurs. Du point de vue de l'ecclésiologie réformée, l’exercice de la discipline, la correction des mœurs et des croyances constitue une « vocation » ecclésiastique et s’inscrit donc en marge de la justice. Dans les faits, la collaboration est étroite entre consistoire et justice et le personnel judiciaire et consistorial se recoupe souvent en grande partie. La réponse vient également d’un examen de la nature des sanctions infligées par les consistoires : les remontrances, dans certains cas l’interdiction de participer à la communion, l’obligation infligée de réparer les fautes en public durant ou à la sortie des sermons relèvent d’une activité de correction ecclésiastique ; mais certains consistoires ont aussi recours à des amendes, ce qui rapproche leur mode d’action de celui de la justice. La réponse vient enfin d’une analyse du type d’infractions sur lesquelles interviennent les consistoires : si le contrôle des croyances connote nettement leur activité du côté religieux, puisqu’il s’agit par-là de remettre les fidèles dans le chemin du salut, il existe tout un pan de leur domaine de compétence - en particulier leur intervention fréquente dans les conflits domestiques, familiaux et sociaux - qui les amène à rapprocher leur activité de celle des organes de justice. L’examen de cet aspect de leur activité permettra finalement de se demander dans quelle mesure on est en présence, avec les consistoires, d’une régulation qui s’exerce verticalement et qui participe à ce titre au renforcement à l’époque moderne du contrôle social exercé par les institutions sur les populations, ou plutôt d’une régulation qui s’appuie plus largement sur un contrôle exercé horizontalement et répondant à des besoins sociaux. Cette question renvoie plus généralement à la problématique de la modernisation des structures institutionnelles à partir de la première modernité.

Age conseillé
Adultes, Seniors
Durée
90 minutes
Tarifs
entrée libre - collecte
Numéro de Téléphone
+41 32 486 06 06

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