5 faussaires qui ont marqué à jamais le monde de l’art

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Moqué et peut-être un peu humilié, le monde de l'art s'est souvent retrouvé bousculé par des imitateurs de talent. Tempslibre vous propose une rétrospective sur ces faussaires audacieux qui ont su tromper les plus grands experts d'art. 


Imbattables au jeu des sept erreurs, ces célèbres faussaires sont parvenus à tromper les plus fins connaisseurs d’art. Sans scrupules, ils ont habillé les murs des plus grands musées du monde avant que leurs perfides subterfuges ne soient révélés au grand jour. Entre artistes incompris et imitateurs sournois, il n’y a qu’un pas. Les cinq faussaires que nous allons vous présenter l’ont justement sauté, ce pas.


1. Han Van Meegeren (1889-1947)

nom de l'imageLes Disciples d'Emmaüs, faux tableau de Vermeer.


Passionné par l’art depuis son enfance, Han Van Meegeren s’inspire grandement des peintures de l’Âge d’or des Pays-Bas pour réaliser ses œuvres. Artiste incompris, il n’attire pourtant jamais l’intérêt des critiques d’art de son époque. Ceux-ci considérèrent ses œuvres comme démodées et sans saveur.

Frustré par ces avis subjectifs et animé par un désir de vengeance, Han Van Meegeren étudie minutieusement les techniques et les couleurs qu’utilisent Pieter de Hooch, Frans Hals et surtout Johannes Vermeer. Durant six longues années, il perfectionne son style et élabore des artifices ingénieux pour vieillir ses toiles et les rendre poussiéreuses.

Bluffantes, ses reproductions trompent les plus grands spécialistes d’art. Faussement authentifiées, elles colorent les murs de plusieurs musées durant de nombreuses années. C’est notamment le cas des Disciples d’Emmaüs, le faux le plus connu de Van Meegeren, qui a déjoué l’œil avisé d’Abraham Bredius.

Il faut attendre la Seconde Guerre mondiale pour que le faussaire néerlandais connaisse son apogée. Ses œuvres fleurissent alors autant dans les musées qu’au cœur des maisons de collectionneurs, paniqués à l’idée de voir le patrimoine national volé par les Allemands. La vente de faux se retrouvant terriblement simplifiée par cette période troublée, Van Meegeren en profite également pour marchander avec l’ennemi.

Cette attitude effrontée lui sera reprochée à la fin de la guerre. Accusé d’avoir collaboré avec l’occupant allemand en lui vendant d’authentiques œuvres d’art néerlandaises, Han Van Meegeren risque gros ! Mis au pied du mur, l’escroc joue sa dernière carte et révèle son activité de faussaire. Désinvolte, il expliquera qu’en arnaquant les Allemands, il a préservé de nombreux chefs-d’œuvre néerlandais de vol ou de destruction. Aujourd’hui, Han Van Meegeren a été élevé au rang de héros national. Douce ironie.


2. David Stein (1935-1999)

nom de l'imageDavid Stein et l'un de ses faux de Modigliani


S’il s’est fait connaître en tant que David Stein, il porte à l’origine le nom d’Henri Abel Abraham Haddad. Faussaire aux multiples identités, il s’invente pas moins de quinze pseudonymes qu’il utilise à outrance afin d’échapper à ses nombreux créanciers.

Sous son pinceau habile, il fait naître des faux de Picasso, Matisse, Klee ou même Chagall. Caprice d’escroc ou provocation déplacée, chaque artiste qu’il copie est encore en activité. Cette dangereuse lubie est d’ailleurs à l’origine de sa première arrestation, en 1966. Alors que Marc Chagall est en visite à New-York, il se retrouve nez-à-nez avec un tableau signé de son nom…Alors qu’il ne l’a jamais peint.

Après quatre années derrière les barreaux, le charlatan retrouve ses anciens amours. En 1985, il est à l’origine de quatre faux d’Andy Warhol. L’un deux, le Superman, est exposé au Muséum of Modern Art de New York en 1989. Il est par la suite retiré, lorsque la supercherie est révélée par deux amateurs d’art et de bande dessinée. Le scandale est si important que David Stein est obligé de fuir en France, où il terminera sa vie.


3. Guy Ribes (1948- aujourd’hui)

nom de l'imageFaux tableau de Chagall 

À 16 ans, alors qu’il intègre un atelier de soierie, Guy Ribes est initié pour la première fois au dessin. Doté d’un talent surprenant, le jeune français s’investit avec enthousiasme dans cet art qui exerce sur lui une fascination insatiable.

En 1975, il commence à fréquenter la Jet-set locale, à Athènes. Ebloui par l’argent facile, il succombe à la tentation de la contrefaçon. Ce n’est que dix ans plus tard, après sa rencontre avec un marchand d’art peu scrupuleux, qu’il se professionnalise dans cette activité illégale.

Véritable virtuose du faux, Guy Ribes ne recopie jamais un tableau existant. Il s’inspire du style et de l’univers d’un artiste pour créer un nouveau chef-d’œuvre. Chagall, Picasso, Dalí, Renoir et même Matisse ont ainsi subi les fourberies du faussaire français. La réalisation minutieuse de chacun de ses faux a trompé jusqu’à la propre fille de Marc Chagall, qui pense reconnaître les coups de pinceaux de son père dans une copie de l’escroc.

Précautionneux, l’artiste ne vend jamais directement ses toiles. Associé à quelques forbans, il élabore plusieurs stratagèmes pour duper ses futurs acheteurs. Parmi les scénarios utilisés, il y a celui de l’héritier désargenté qui cherche à vendre une œuvre de grand Maître  pour renflouer ses fonds.

C’est un excès de confiance qui entraîne Guy Ribes en prison, alors qu’il tente de vendre ses œuvres sans passer par des intermédiaires. Dénoncé, il est arrêté en 2004 et jugé pour contrefaçon en bande organisée. 350 copies lui sont attribuées. Condamné à trois ans de prison, il y trouvera une certaine rédemption. À sa sortie, Guy Ribes cesse complètement ses activités illégales et commence à peindre sous son propre nom.


4. Wolfgang Beltracchi (1951- aujourd’hui)

nom de l'imageElse Lasker-Schüler, faux tableau d'Heinrich Campendonk

Au début des années 90, les experts d’art sont enivrés par l’apparition de nouveaux chefs-d’œuvre d’artistes de renom. Les musées et collectionneurs s’arrachent les merveilles de Ernst, Braque ou encore Léger sans se douter qu’un faussaire allemand en est à l’origine.

Wolfgang Beltracchi s’adonne à l’art de la contrefaçon au début des années 80. C’est après sa rencontre avec Hélène Beltracchi, en 1992, que l’artiste connait son plus grand succès. Si la plupart des faussaires choisissent de vivre dans l’ombre, les amants ont préféré la lumière…Au risque de se brûler les ailes !

Pour vendre leurs faux, Hélène Beltracchi décide d’inventer une histoire d’héritage : son grand-père Werner Jägers lui aurait légué de nombreux tableaux inédits d’artistes du 20ème siècle. Pour appuyer leurs dires, les Beltracchi constituent une fausse photographie où Hélène incarne sa grand-mère qui pose devant la supposée collection de Werner Jägers. En plus de la photographie, une série d’étiquettes et de certificats d’authenticités ont été confectionnés.

La supercherie est parfaitement ficelée, rien ne semble pouvoir compromettre les charlatans. Rien, sauf une toute petite erreur d’inattention présente dans un faux d’Heinrich Campendonk. En 2010, un expert d’art soupçonneux décide d’analyser les pigments qui composent l’œuvre. Il découvre que ceux-ci n’appartiennent pas aux pigments que les peintres utilisent dans les années 20. Ils sont plus récents et datent des années 50. Or, l’œuvre supposée d’Heinrich Campendonk daterait de 1920. Le couple de faussaires est enfin démasqué.

Après avoir amassé un peu moins de 46 millions de dollars et produit près de 300 contrefaçons, les Beltracchi écopent de six ans de prison pour Wolfgang et quatre ans pour Hélène.

À ce jour, seulement 60 tableaux des Beltracchi ont été retrouvés.


5. Guy Hain (1942-aujourd’hui)

nom de l'imageLe Baiser, fausse sculpture de Rodin

Parce que la fabrication de faux ne concerne pas uniquement les peintures, penchons-nous sur un faussaire qui s’est spécialisé dans la contrefaçon de sculptures. Marchand d’art émérite, Guy Hain ne souhaite pas se limiter à la vente. Ingénieux, il s’associe aux propriétaires de la fonderie Georges Rudier et se procure les moules de Rodin. Sans scrupules, il coule de nouvelles versions des œuvres du célèbre sculpteur, sans jamais obtenir l’autorisation du musée Rodin. Pour parfaire son travail, Guy Hain signe chacune de ses œuvres avec le nom d’Alexis Rudier, le fondeur officiel de Rondin.

Cette première opération audacieuse est couronnée d’un succès monstrueux. Aveuglé par cette réussite, Hain décide de racheter une fonderie dans le Nord-Est de la France afin de systématiser sa fabrication de fausses sculptures.

Le douloureux revers de médaille se manifeste après une dizaine d’années de commerce. En 1996, le faussaire est condamné à 18 mois de prison. En 2004, l’escroc récidive et écope cette fois-ci de 4 ans de prison.

Aujourd’hui, on estime qu’il existe environ 6000 contrefaçons de Rodin fabriquées par Guy Hain. Toutes n’ont pas été localisées et les collectionneurs de sculptures sont devenus bien plus méfiants lorsqu’il s’agit d’acquérir de nouvelles œuvres.

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Auteure : LSA

Créé le 17.11.2020 par Lauriane
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