Liberté d’expression : 5 chefs-d’oeuvre qui ont connu la censure

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De Banksy à Titien, découvrez quels chefs-d'oeuvre ont été au coeur d'importants scandales. 



Provocateurs, certains artistes s’amusent avec les limites de l’acceptable. Une attitude audacieuse qui les propulse au coeur de scandales politiques, religieux et même parfois sociaux. Leurs créations litigieuses subissent alors le pire des sorts qu’on puisse leur réserver : la censure !

L’équipe de Tempslibre vous propose de découvrir 5 oeuvres d’art qui ont été censurées après qu’elles aient été exposées au public. L’occasion de se questionner sur l’importance de la liberté d’expression à travers l’art. 


1) L’hirondelle, Banksy (2014)

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En 2014, cinq pigeons gras chassent du fil sur lequel ils sont posés une innocente hirondelle. Xénophobes, ils reprochent à l’hirondelle sa différence et sa singularité. Leur haine est traduite à travers trois panneaux qu’ils portent à bout d’ailes, sur lesquels sont écrits des slogans à consonance raciste : « Retourne en Afrique », « Les émigrés ne sont pas les bienvenus » et « Laissez-nous nos vers de terre ». 

Cette oeuvre au parfum dénonciateur fait écho au discours anti-immigration du gouvernement de Clacton-on-Sea. Dérangé par ce graffiti, le maire de la ville s’empresse de le faire disparaître, sans savoir que son créateur est le célèbre Banksy. Précisons que les créations de l’artiste britannique sont très en vogue : en plus d’attirer du monde dans les villes qui possèdent un Banksy, ces graffitis sont estimés à plusieurs milliers d’euros. 

Réalisant la terrible erreur qu’il a commise en censurant cette oeuvre, le maire de Clacton-on-Sea invite Banksy à revenir dans sa ville afin d’en peindre une nouvelle. L’artiste britannique ne répondra jamais à l’invitation culottée. 


Le carré blanc sur fond blanc, Kasimir Malevitch (1918)

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Visionnaire, Kasimir Malevitch explore un art nouveau et incompris de ses contemporains : le suprématisme. Ce mouvement associe des formes géométriques à des surfaces chromatiques qu’il positionne dans un équilibre arbitraire. 

Le suprématisme efface l’expression artistique littéral et métaphorique pour explorer le « rien » et par la force des choses, l’infiniment pur. Rejetant le principe même de la matière, ce mouvement s’oppose à la conception communiste de l’art qui s’inspire principalement du réalisme socialiste. 

Audacieux et provocateur, l’artiste russe présente « Le carré blanc sur fond blanc » en 1918, quelques mois après la révolution bolchévique. Premier monochrome de la peinture contemporaine, ce chef-d’oeuvre est perçu par le régime soviétique comme une participation de Malevitch à la mort de l’art. Insultante, cette création est censurée tandis que son auteur se retrouve emprisonné en 1930 à Leningrad. C'est ainsi que le père du suprématisme apprend à ses dépends que révolution politique et révolution artistique ne font pas bon ménage.


Le déjeuner sur l’herbe, Edouard Manet (1863)

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Flirtant entre tradition et modernité, « Le déjeuner sur l’herbe » se retrouve au coeur d’un scandale innommable lorsqu’il est présenté au Salon de 1863. Censuré par le jury, il est retiré du Salon après avoir été jugé vulgaire et lubrique. Il s’inspire pourtant de deux chefs d’oeuvre illustres et adorés : « Le concert champêtre » de Titien et « Le jugement de Pâris » de Raphaël

Ce qui dérange ? La nudité non-conventionnelle de cette femme au regard franc. Ni Diane, ni Vénus, elle éveille des fantasmes charnels là où les allégories invitent habituellement à une contemplation esthétique. 

Le décor plat de cette peinture est également au coeur de nombreuses critiques. Le public est en effet peu convaincu par l'atmosphère trop théâtrale et les proportions erronées présentes dans l'oeuvre. Avant-gardiste, la création de Manet marque pourtant un tournant dans l’histoire de l’art et sera une source d’inspiration pour Claude Monet et Pablo Picasso. 


Le jugement dernier, Michelangelo Buonarroti (1541)

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Au 16ème siècle, l’iconographie catholique est secouée par un important débat au sujet de la nudité : la chair - pécheresse originelle - doit-elle être dénigrée ou glorifiée - car elle est également appelée à la résurrection ? En réalisant son chef-d’oeuvre, Michelangelo choisit son camp, sans jamais en informer ses commanditaires. Quelle surprise ces derniers ont le 31 octobre 1541 lors de l’inauguration du « jugement dernier » ! Pas un voile ou une feuille de vigne ne recouvre les 400 personnages de la fresque. 

Face à ce florilège de corps nus et contorsionnés, le scandale ne tarde pas à éclater. L’initiative prise par Michelangelo est fortement critiquée : ses contemporains ne sont pas prêt à accepter une nudité totale au coeur de la chapelle Sixtine. 

Daniele da Volterra, élève de Michelangelo, étouffe la polémique en ajoutant voiles et draperies chastes sur ces corps autrefois impudiques. 


La Vénus d’Urbino, Titien (1538)

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Cachée sous un voile de pureté allégorique cette Vénus - qui n’en est pas vraiment une - échappe à la censure sans pour autant se dérober à la polémique. Son regard impudique provoque. Sa main, délicatement posée sur son pubis, émoustille. Ses cheveux détachés rappellent ceux d’une courtisane, tandis que le bouquet de fleurs a tout d’une offrande sexuelle. Loin d’une Vénus ingénue, « la Bella » invite aux plaisirs de la chair. 

Le scandale autour de « La Vénus d’Urbino » grossit lorsqu’on connaît les origines de sa création. Le Duc d’Urbino, Guidobaldo Della Rovere, commandite à Titien une oeuvre particulière. Epris de « la Bella », une jeune femme qui a servi de modèle pour l’artiste deux ans plus tôt, le Duc commande un tableau de cette même femme…mais cette fois-ci nue !

Plus proche de l’iconographie à but pornographique que de l’allégorie purement esthétique, Titien a su révolutionner le nu féminin. En revanche, si « La Vénus d’Urbino » a officiellement échappé à la censure, le Duc ne l'exposa jamais à la vue de tous, préférant la garder jalousement dans une pièce privée. 


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Auteure : LSA

Créé le 28.12.2020 par Lauriane
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